Le retour à la normale.

Ça fait drôle de revenir à la normale, comme si rien ne s’était passé.

Mon père est décédé le 3 février 2015.

Cette phrase résonne dans ma tête comme si elle n’existait pas, comme si je l’avais inventée. Je la répète et je n’y crois pas vraiment.

Je ne réalise pas tout à fait ce qui est arrivé. Tout ça me semble irréaliste encore, comme si du jour au lendemain, je m’attendais à le retrouver là, comme avant, comme si de rien n’était. Mais ça n’arrivera pas.

Je n’ai pas souvent eu à faire face au deuil dans ma vie. Bien sûr, j’ai bien des grands-parents qui sont décédés, mais des grands-parents ça meurt un jour, on s’y attend, ça ne nous prend pas tellement par surprise quand ça arrive, généralement.

Et moi qui me vantais de ne pas avoir eu beaucoup de décès autour de moi; avoir su.

Ça s’est fait très vite; on a eu deux semaines pour s’y faire avant que ça arrive. Deux semaines c’est bien peu, mais deux semaines à en parler avec celui qui nous quittera, c’est énorme. On l’a verbalisé avec lui, on a réglé des formalités qu’on n’avait absolument pas envie de régler mais qui le rassuraient, lui. Il ne voulait pas laisser ses filles – sa conjointe et moi – dans le pétrin; il voulait régler le plus de dossiers lui-même avant de partir, pour nous en laisser le moins possible sur les épaules. Même malade, même affaibli, même presque mort, il s’en faisait plus pour nous que pour lui. « Papa ça va? T’as mal? Veux-tu te coucher? » « Non non. Tu sais pour l’hypothèque, tu n’oublieras pas de… » Absurde. Complètement absurde.

La dernière fois que je l’ai vu, je l’ai serré dans mes bras. Je lui ai dit de ne pas s’en faire, qu’on allait être correctes. Je sais que ça l’inquiétait, de nous laisser vivre ça toutes seules. Ça lui faisait de la peine de nous en faire, malgré lui. Et il m’a répondu « Je sais. Je ne suis pas inquiet pour toi. » Je ne savais pas que c’était la dernière fois que je le verrais.

Ça m’a fait réaliser qu’on élève ses enfants pour qu’ils soient autonomes. Pour qu’ils arrivent à mener leur vie sans nous, mais grâce aux outils qu’on leur a fournis. Parce qu’un jour, c’est bien triste, mais on va les lâcher d’une manière ou d’une autre. Et ce jour-là, si on veut pouvoir partir sans inquiétude, il faut avoir l’assurance qu’ils seront capables de se débrouiller.

J’ai été étrangement forte ces dernières semaines. C’est le commentaire que je reçois le plus des gens qui m’entourent : t’es forte, tu m’impressionnes. Je crois qu’en fait, ce qui m’habite, c’est une combinaison entre la force intérieure que mes parents m’ont inculquée à la base, jumelée à celle que mon père m’a transmise durant les derniers jours de sa vie, en plus de celle de cet être qui pousse en moi et qui, je pense, possède déjà une grande force lui aussi.

La perte d’un parent est une peine difficile à expliquer. Je m’attendais à quelque chose comme une peine d’amour, un bris à l’intérieur, quand le coeur te fait mal pour de vrai et que tu pleures en position fœtale en te demandant pourquoi ça t’arrive à toi. Je m’attendais à quelque chose du genre, en pire. Mais non.

La perte d’un parent, c’est une peine que tu vas vivre en parcelles tout au long de ta vie. De temps en temps, ça va te rentrer dedans comme une tonne de briques, quand tu t’y attends même pas. Tu vas la vivre chaque fois qu’il va se passer quelque chose de gros dans ta vie. Chaque fois que tu vas avoir besoin d’un conseil. Chaque fois que tu vas avoir besoin d’une oreille attentive pour t’écouter te lamenter sur des bineries. Tu vas la vivre à chaque party de Noël, à chaque rassemblement familial où tu vas te dire « Ah c’est plate que p’pa soit pas là… »

T’as le cœur rapiécé, mais de temps en temps, tu vas t’enfarger dans les sillages laissés par la crazy glue qui le tient ensemble.

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3 réflexions sur “Le retour à la normale.

  1. :-( Shit Audrey, t’as réussis à me faire brailler. Ce que tu décris sur le fait que ta peine te suivra, qui tu ressentiras la perte de ton père chaque fois que quelque chose de gros t’arrivera, c’est exactement comment ma mère me décrivait comment elle se sentait après le décès de sa mère. Juste de l’imaginer, j’ai de la peine…

  2. J’ai un peu pleuré en l’écrivant, ça a peut-être pas aidé. ;)

    Mais tsé, s’il y a bien quelque chose que j’ai compris avec tout ça, c’est que ça ne sert à rien d’être triste en prévision de.. Il faut vivre le moment présent et savoir l’apprécier, parce qu’on sait jamais s’il va avoir un lendemain. Voir la vie comme un enorme gâteau au chocolat dont on ignore le nombre de parts; enjoy, parce que c’est peut-être ta dernière! ;)

    Ce serait cliché de te dire de profiter de tes parents pendant que tu les as. Quand on perd quelque chose de gros dans sa vie, on remarque soudainement à quel point les autres qui l’ont encore le prennent pour acquis, des fois. Plutôt que d’envier les autres pour ce qu’ils ont que je n’ai plus, j’essaie de garder en tête tout le bon que ça m’a apporté quand je l’avais encore

    C’est peut-être deep, mais ça aide à garder la tête en dehors de l’eau.

  3. C’est vrai qu’ils faut profiter de ceux qu’on aime dans le moment présent. Avec mes parents c’est assez facile: on est voisins. On se voit pratiquement tous les jours. Quand ils partent plus qu’une semaine en vacances, je suis contente qu’ils reviennent. Bon mon père te dirait sans doute que je suis collante, mais il peut pas me reprocher de pas les visiter comme il le fait à propos de ma sœur. Et il est toujours le premier à lever le couvercle du chaudron quand j’arrive avec un truc cuisiné pour eux. J’ai certaines spécialités qui savent amadouer le grincheux en lui.

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